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Histoire d'amour
: La
princesse et le musicien
Dina et Kozin, un amour
de fan
Barbara et Inokentii
Serguei
et Marfa RASTORGOUIEV
La
première histoire d'amour du peuple Tchouktche
Un
merveilleux petit bout de route... |
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Barbara et Inokentii : courage,
sagesse et humour
Barbara et Inokentii Strekalovskii vivent à
Sotintsy, village situé à 70 km de
Iakoutsk, sur les bords de la Lena. Ils y possèdent
une petite maison en bois d’un étage,
trois serres, un potager, un champ de deux hectares,
une réserve d’eau sous forme de pavés
de glace conservés dans les sous-sol, un
tracteur et une voiture. Ils ont tout construit
eux-mêmes. En 30 ans de mariage, ils ont connu
une vie simple et souvent difficile mais une chose
demeure intacte : leur amour.
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| 22
juin 1974 à Sotintsy
:
Barbara, 23 ans, habite ce village qui l'a vue naître.
Elle est membre des jeunesses communistes (komsomols)
et travaille comme secrétaire au sein de
l'organisation. C’est une belle jeune fille
mince, entourée de prétendants. Ces
derniers n’osent pas trop l’approcher
car Barbara possède un caractère très
affirmé. Elle ne se laisse pas faire et gronde
les hommes qui boivent ou se conduisent mal. Barbara
danse très bien. Faire quelques pas de valse
avec elle représente un défi et un
vrai bonheur pour ces messieurs. Malgré cette
image, Barbara se sent timide, assez peureuse et,
de son propre aveu, un peu lâche : elle vient
de refuser l’offre des jeunesses communistes
de l’envoyer étudier à Moscou,
et même le voyage en Allemagne que l'organisation
lui propose. En réalité, elle n'imagine
pas vivre loin de sa mère qui élève
seule ses sept enfants.
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ddBarbara
et Inokentii dans leur cuisine |
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22 juin
1974, région voisine de Sotintsy
Inokentii est un beau jeune homme de 23 ans à
la peau claire, car du sang polonais coule dans
ses veines. À l'issue de son service militaire
à Khabarovsk, sur le fleuve Amour, il rentre
au pays. Une mauvaise grippe l’empêche
d'intégrer l’école de la milice
: il ne sera jamais colonel.
Il vient d’accepter l’invitation de
ses amis à se rendre à la célébration
de l'yssyakh de Sotintsy.
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| dd |
23
juin 1974, fête de l'yssyakh à Sotintsy
Inokentii arrive avec son groupe d’amis. Barbara,
en bonne secrétaire des jeunesses communistes
et organisatrice d’une partie de la fête,
rudoie un peu ces gens en leur reprochant d’avoir
invité un étranger. Il faut comprendre,
c’est l’époque qui veut ça.
Les villageois vivent alors en vase clos et se méfient
des inconnus.
Innokentii, qui ne connaît pas la réputation
de Barbara, ose l’approcher au cours de la
fête. Il lui demande ce qui se trouve dans
le joli médaillon qu’elle porte au
cou. Ils discutent un peu et le jeune homme l'invite
à assister aux rencontres de volley-ball.
Elle le suit. Ils partent ensuite danser. Inokentii
ne sait pas danser, il se contente d’attendre
que la jeune fille ait fini de s’amuser pour
la raccompagner chez elle. Tous les soirs, il revient
la chercher pour l’emmener au ciné-club
(qui n’existe plus depuis la fin de l’URSS).
Le couple se marie à peine trois mois plus
tard. Les amoureux vivent toujours ensemble dans
la maison construite par Inokentii en 1986. Ils
ont aujourd'hui trois enfants et cinq petits-enfants.
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Les petites-filles |
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Dénonciation
Cette maison en bois qu'il construit de ses mains
lui vaut une convocation au Parti. Un de ses voisins
l’a dénoncé. S’il peut
construire une maison à un étage,
volerait-il le bien du people ? Pourquoi Inokentii
a-t-il besoin d’une maison aussi haute ? Cherche-t-il
à s’enrichir sur le dos de la nation
? Non, Inokentii a simplement envie d’avoir
une maison avec un étage, désir bien
naturel.
Il n’y aura pas de représailles. Inokentii
a récemment terminé ses cinq années
d’agronomie à Oulan-Oude. C'est un
bon chef d’équipe au sovkhose (ferme
d’État) qui remplit toujours les objectifs
fixés par le "plan".
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Barbara |
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1987,
Inokentii entre au Parti
Il est interdit de posséder plus d’une
vache. Interdit de travailler pour son compte personnel.
Interdit de jouir de quoi que ce soit. Tout le monde
reçoit le même salaire et se trouve
logé à la même enseigne. C’est
l’égalité. Quelle que soit la
quantité de travail fourni, la rémunération
ne change pas. On vous octroie bien une médaille
et des diplômes de temps en temps. Mais le
pays rêvé qu’on vous a promis
pendant toute votre scolarité n’existe
pas encore. La douce période où le
communisme sera réel et où tout le
monde pourra prendre gratuitement ce qu’il
veut dans les magasins n’arrive pas. On ne
donne rien contre un diplôme. Comme il faut
bien améliorer le quotidien, Inokentii part
en cachette après sa journée de travail
chercher du foin pour sa vache et cultiver quelques
légumes.
Il travaille dur et l’idée de passer
des heures à des réunions ennuyeuses
du Parti ne l’enchante guère. Alors
il louvoie et fait tout pour essayer d’y échapper.
Mais un jour, la menace tombe, issue du doute qui
plane sur lui : pourquoi refuse-t-il d’entrer
au Parti ? Serait-il contre l’idéologie
communiste ?
Non, bien sûr, il est entièrement pour.
Afin d'éviter des conséquences dramatiques,
Inokentii adhère au Parti… pour deux
petites années seulement, heureusement.
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Inokentii remonte la glace... |
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1995,
le Soleil exauce les prières d’Inokentii
Inokentii a longuement prié pour que le Soleil
leur accorde un deuxième fils. Barbara, elle,
n’a pas prié. Âgée d'une
quarantaine d’années, elle s'estime
trop vieille. Ils ont déjà un fils
et une fille. De plus, la situation économique
de la famille est catastrophique. L’URSS n’existe
plus, le sovkhose où travaille Inokentii
a fermé. Ce n’est pas le maigre salaire
d’aide-soignante de l’hôpital
où elle travaille depuis une dizaine d’années
qui va les faire vivre. En outre, elle vient d’accepter
la lourde responsabilité de régisseuse
du théâtre de leur village qui ne reçoit
plus de subventions de la part de l’État
et qui menace de fermer, tout comme le ciné-club.
Mais le Soleil exauce les prières d’Inokentii.
Un fils leur est donné. Ils l’aiment
et font tout leur possible pour qu’il puisse
un jour suivre des études. Leurs espoirs
reposent désormais entièrement sur
le petit Andrei. |
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La glace conservée sous la maison
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S'adapter
à l'économie de marché
Une longue période de vaches maigres commence
: la faim, le froid, le nécessaire apprentissage
de la notion de “marché”. Il
faut réagir ! Ne pas se laisser abattre comme
beaucoup de personnes de leur génération.
Le couple décide de relever ses manches et
de travailler. Inokentii cultive pour vendre sa
production. Barbara travaille à droite et
à gauche. Que d’heures à pleurer
ensemble devant leur tasse de thé ! Que de
journées à se demander comment joindre
les deux bouts ! Personne ne veut leur accorder
de crédit ou de subvention nécessaires
pour monter leur ferme. C’est comme ça
ici. Qu'ils possèdent ou non l'investissement
de départ, on ne prête qu'à
ceux qui ont déjà prouvé ce
qu'ils sont capables de faire.
Inokentii et Barbara ont leur fierté. Ils
ne montrent pas leurs faiblesses et sourient devant
les autres. Lui travaille d’arrache-pied.
Elle s'acquitte avec succès de sa tâche
de régisseuse. L’argent commence à
rentrer. Ils s’achètent une voiture,
puis un tracteur. Ils produisent de plus en plus.
Les voisins les envient. Voilà ce qu’est
l’économie de marché : on regarde
ce qu'autrui a de plus que soi dans son assiette.
Et comme il n’y a plus de justice, on va jusqu’à
tuer pour voler le bien de l'autre.
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...puis la casse |
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De
jeunes bras pour l'été
Comme leur bien prospère, Barbara et Inokentii
créent une équipe de travail. Chaque
été, ils accueillent quelques adolescents
qui travaillent et vivent avec eux. Ces enfants
sont originaires de familles nombreuses ou monoparentales.
Le couple leur apprend à travailler, à
respecter la nature, à prendre soin de leur
santé et de leur forme physique. Ils organisent
des sorties. Ils sont comme des parents pour ces
jeunes. À la fin de l’été,
ils leur paient un salaire et leur offrent à
chacun deux sacs de légumes. |
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22 juin 2005, cuisine de
Barbara et Inokentii
“Nous sommes des gens simples, mais
travailleurs.”
Autour de l’indispensable thé au
lait sans lequel la vie ne serait pas aussi belle,
Barbara et Inokentii se regardent dans les yeux.
La vie ne les a pas épargnés et
ils sont fiers de ce qu’ils ont accompli,
sans voler personne. En 2003, Inokentii a enfin
reçu une petite aide de l’État
car il a produit 20 tonnes de choux, 10 tonnes
de pommes de terre, 800 kg de betteraves, entre
autres. Barbara et son théâtre ont
remporté plusieurs prix lors du concours
international du théâtre d'Oulan-Oude
en Bouriatie, ainsi que de concours régionaux.
Pleine de sagesse et d’humour, Barbara lance
en riant à Inokentii qu’elle n’est
plus aussi belle qu’avant et que lui est
devenu laid. Elle est grosse et il a la peau toute
noire. Mais leurs yeux disent tellement d’autres
choses ! Ils ressentent tant d’admiration
l’un pour l’autre. Inokentii s’occupe
très bien de la maison en hiver pendant
que Barbara va travailler dans la laiterie d’à
côté. Elle sait tout faire, même
du théâtre !
La vie est loin d’être facile, encore
maintenant. Inokentii cultive la terre depuis
trente ans. Il est fatigué. Barbara court
toujours après deux bouts de chandelle
et trois pans de tissu pour son théâtre.
Même à la retraite, ils devront travailler
dans leur champ jusqu’au bout, s’il
veulent tenir le coup et payer les frais de santé
de leur jeune fils qui a une maladie de peau.
“Mais c’est le destin. Tu dois
vivre là où Dieu t’a adjugé
ta place. Et faire de ton mieux.”
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Inokentii et ses concombres |
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