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Histoire d'amour
: La
princesse et le musicien
Dina et Kozin, un amour
de fan
Barbara
et Inokentii
Serguei
et Marfa RASTORGOUIEV
La
première histoire d'amour du peuple Tchouktche
Un
merveilleux petit bout de route... |
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Dina et Kozin, un amoir de
fan
Dina Aïmova Klimova, une fan amoureuse
de Vadim Kozin, un célèbre chanteur
des années 40, arrive à Magadan à
la fin des années 80 afin de lui consacrer
sa vie. Étrange couple ! Un vieil homme à
la carrière brisée en pleine gloire
et une sexagénaire à qui l’on
reproche d’utiliser à son profit la
célébrité de Kozin. Sans rentrer
dans la polémique qui n’appartient
qu’à Magadan, voici simplement son
histoire, telle qu’elle nous l’a raconté.
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| Avant
tout, quelques mots sur Kozin
Vadim Kozin est depuis les années 30, l’un
des plus célèbres chanteurs de l’URSS.
Sa voix de ténor et ses chansons d’amour
font vibrer des milliers de femmes, d’hommes
aussi, dont Staline lui-même. En 1944, quelques
temps avant l’anniversaire de Staline, il
est convoqué par Lavrenty Beria, chef du
NKVD (police secrète) qui demande à
l’artiste : « Pourquoi n’as-tu
pas de chanson en l’honneur de Staline ? »
Kozin lui aurait répondu cette phrase désormais
célèbre : « Je suis un ténor
! Ma voix est faite pour des chansons d’amour.
Chanter sur Staline, c’est tout simplement
impossible. » Il est arrêté en
février 1945 et envoyé dans les camps
à Magadan. Libéré cinq ans
plus tard, il est à nouveau arrêté
pour homosexualité.
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Dina
et Kozin |
Le
bannissement de Kozin
Du jour au lendemain, plus personne n’entend
parler de lui. Les radios cessent de passer ses
chansons. Les journaux ne parlent plus de lui. On
le croit mort. Comme beaucoup d’artistes,
Kozin est d’une grande sensibilité
et émotionnellement vulnérable. Il
supporte très mal ce bannissement. S’il
ne peut plus chanter, il n’a plus aucune raison
de vivre. Il détruit lui-même ses enregistrements,
sauvés in extremis par ses amis.
Mais avec les années, il reprend le travail
et se met à nouveau à jouer et à
chanter. Néanmoins, il décide de ne
pas revenir à Moscou ou à Leningrad
et reste en exil à Magadan jusqu'à
sa mort en 1994. Il se produit au théâtre
de Magadan et dans les petites villes et villages
des alentours. Vadim Kozin, une personnalité
complexe et fière
En 1959, il peut enfin organiser une tournée
dans toute la Russie. Ce sera sa seule grande tournée.
Même s’il vit dans un petit appartement
sale et pauvre au milieu de ses chats, qu’il
adore, Kozin garde une activité intellectuelle
intense. Il crée beaucoup de nouvelles chansons
s’inspirant de grands poètes russes
ou d’autres moins connus de la région
de Magadan. Il rédige chaque jour depuis
de nombreuses années un journal, lit beaucoup
et reçoit des artistes de toute l’URSS.
Très fier, il refuse de demander de l’aide
à la mairie afin d’avoir un logement
plus grand. Jamais marié, Kozin est toujours
resté très discret sur sa vie amoureuse.
Il a reconnu avoir dédié l’une
de ses plus célèbres chansons à
un homme. Son homosexualité ne lui a jamais
été pardonnée et est peut-être
la raison pour laquelle il n’a jamais été
réhabilité. Même si Kozin a
été l’un des artisans de la
renommée de Magadan et de son théâtre,
il n’obtient pas non plus la médaille
de la ville. Elle lui organise néanmoins
à l’occasion de ses 90 ans un grand
hommage ou le tout Magadan est là…
sauf lui. Vexé, déçu et devenu
quelque peu irascible les dernières années
de sa vie, il refuse de s’y rendre. Il meurt
l’année suivante à l’âge
de 91 ans. |
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Dina
Aïmova Klimova, une fan amoureuse
« Je vivais à Saint Petersbourg. Ma
mère était une chanteuse et une grande
admiratrice de Vadim Kozin. Au point qu’elle
passait des nuits entières à écouter
toutes les rediffusions des concerts du chanteur
à la radio. Elle me réveillait souvent
pour que je puisse aussi écouter ses romances.
Je restais là, sur mon lit et je l’écoutais
des heures durant. Sa voix et ses paroles m’émouvaient
au point que je me retrouvais souvent en larme.
Je n’avais alors que 11 ans mais les chansons
de Kozin touchaient mon âme. Au point, que
comme toutes les petites filles romantiques de mon
âge, je suis tombée amoureuse de lui.
On ne pouvait évoquer le nom de Kozin devant
moi, sans que je me mette à rougir !
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«
Kozin m’a donné la force de survivre
»
Deux mois avant le début de la deuxième
guerre mondiale, mon père a dû se rendre
à Alma Ata, au Kazakhstan pour des raisons
professionnelles. J’étais alors une
jeune adolescente. Je ne me rappelle plus exactement
pourquoi mail il a décidé de m’emmener
avec lui. La guerre a éclaté. Nous
n’avions plus aucune possibilité de
rentrer à Leningrad. La rue où nous
habitions a été bombardée et
ma famille n’y a pas survécue. J’étais
seule avec mon père à Alma Ata. Nous
survivions comme nous pouvions. Les années
qui suivirent furent particulièrement dures.
La famine sévissait. Je me suis mise à
jouer de la guitare et à chanter les chansons
de Kozin. Dans l’immeuble où nous vivions,
un couple de voisins me demandait parfois de chanter
pour eux en échange d’un peu de nourriture.
Je crois que sans Kozin, sans ses chansons et le
message qu’elles portent, je n’aurais
pas eu la force de supporter toutes ces années.
En 1944, Kozin « meurt ». Ses chansons
ne sont plus diffusées à la radio
et plus personne n’entend parler de lui. Je
me suis sentie abandonnée. |
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Quarante
ans de bonheur
Je suis rentrée à l’université
pour devenir institutrice. Puis en 1947, j’ai
rencontré un bel officier, héros de
la guerre. Je suis tombée amoureuse et finalement
nous nous sommes mariés. Il connaissait mon
admiration pour Kozin. Je lui avais avoué
que ses mots d’amour, aussi beaux soient-ils,
ne me touchaient pas autant que le font les chansons
de Kozin. Mais cela ne nous empêchait pas
d’être un couple très uni et
très amoureux. Nous avons vécu ensemble
40 ans de bonheur avec nos deux enfants. Mon mari
est mort en 1987. Sa disparition a été
le drame de ma vie. Pour surmonter ma tristesse,
je me réfugiais dans la musique et les chansons
de Kozin. J’étais obligée de
me cacher car les gens trouvaient cela choquant
qu’en plein deuil, j’ai envie d’écouter
de la musique. Puis ma belle-fille, que j’adorais
meurt. Mon fils l’a suivi six mois après.
Ma vie n’avait plus aucun sens. Tous les gens
que j’aimais avaient disparu les uns derrière
les autres. J’étais seule à
62 ans. |
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«
Le chanteur Kozin est en vie »
Un jour, un ami venu me rendre visite, m’a
apporté un journal. En page centrale, un
gros titre annonçait « le chanteur
Kozin est en vie » et l’article racontait
toute son histoire depuis sa disparition en 1945.
Le journal expliquait qu’il vit seul à
Magadan dans un vieil appartement d’une seule
pièce et dans des conditions extrêmement
précaires. J’ai eu le sentiment immédiat
que c’était un signe du destin. Sans
hésiter, j’ai décidé
de partir pour Magadan afin de m’occuper de
lui. Mais à cette époque, la ville
était encore fermée et il était
très difficile d’obtenir un laissez-passer.
J’ai finalement réussi à acheter
un billet d’avion et je suis partie sans aucune
idée de ce que j’allais trouver là-bas.
J’étais dans la plus parfaite illégalité.
Les hôtels refusaient de me prendre sans ce
précieux laissez-passer. J’ai passé
la première nuit dans le hall de l’un
d’entre eux. |
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Magadan,
1 rue des écoles
Le patron de l’hôtel m’a
conseillé d’aller me déclarer
à la milice et de louer une chambre
chez l’habitant. Je lui ai demandé
de me donner des adresses près du théâtre.
Je savais que Kozin habitait dans ce quartier.
Il m’a recommandé d’aller
au 1 rue des écoles, appartement 14.
Je m’y suis donc rendue. Je montais
les escaliers, lorque je me suis arrêtée
net au 3ème étage. Là,
sur la porte n°9, une plaque de bronze
indiquait un nom : Vadim Kozin. Je suis restée
là éberluée. Depuis toute
petite, je voyais en songe cette porte numéro
9 et la plaque en bronze avec le nom de Kozin.
J’étais à cent mille lieux
d’imaginer que cette plaque existait
vraiment. Mais je ne savais pas encore si
j’aurais la force de sonner chez lui.
Je suis montée à l’étage
du dessus et j’ai sonné à
la porte 14 mais personne n’a répondu.
Là encore, peut-être était-ce
un coup de pouce du destin. Je suis redescendue
et j’ai sonné toute tremblante
chez Kozin. Je ne savais pas au fond qui il
était ni quel pourrait être sa
réaction. J’ai découvert
un vieil homme à moitié sourd
dans une vieille robe de chambre et un pantalon
tout élimé, vivant seul dans
un appartement petit et sale. Charmant, accueillant,
il m’a ouvert grand sa porte et nous
ne nous sommes plus quittés.
Avant de mourir Kozin m’a avoué
: « Je ne sais pas ce qui ce serait
passé si je t’avais connu plus
tôt, mais tu es arrivée à
point nommé. Tu es mon ange gardien.
Ma mère a dû t’envoyer
de là-haut spécialement pour
moi. » Il m’a quitté le
19 décembre 1994 mais il vit encore
en moi. Sa force et son énergie sont
toujours là et ne me quitteront jamais. |
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