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Rencontre
: Galina Vladimirovna Inokienko,
femme de la Kolyma
Les Évènes,
un peuple en voie de disparition
Varia
AMANATOVA
Augustina
FILIPPOVA
Gilles ELKAÏM, sur les traces des peuples du Grand Nord
sibérien |
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Galina
Vladimirovna Inokienko, femme de la Kolyma
Galina Vladimirovna, ancienne géologue reconvertie
dans l’informatique sous la perestroïka, est
cofondatrice et présidente de l’association
« Femmes de la Kolyma ». Cette élégante
femme de soixante ans nous reçoit dans la bibliothèque
de l’université. Elle slalome entre les tables
d’un pas assuré et nous demande de l’excuser
pour sa minute de retard. Elle couvre la table de gâteaux,
toasts au caviar, bonbons et thé : « Avant
de parler, il faut manger».
Rdf : Vous êtes une des fondatrices
de « Femmes de la Kolyma ». Quand avez-vous
créé cette association ?
L’association existe depuis 10 ans. Nous l’avons
créée en collaboration avec une association
américaine. Les deux premières années,
les Américaines nous ont aidées à nous
organiser, à créer nos statuts, chercher des
sponsors, etc. Puis nous sommes devenues indépendantes.
Rdf : Quel est le but de votre association
?
Notre but est de venir en aide aux femmes et aux enfants
en difficulté. La région doit faire face à
de nombreux problèmes depuis quelques années
et il faut trouver des solutions complémentaires
au travail des services sociaux.
Rdf : Comment êtes-vous financés
?
Lorsque nous avons décidé d’une action
pour l’année, nous montons un dossier à
destination de « grants » américaines,
sorte de fondations qui financent un certain nombre d’associations.
La procédure est longue et compliquée mais
nous avons plusieurs fois obtenu des aides de leur part.
Au niveau local, nous recherchons également des sponsors.
Mais nous ne demandons jamais d’argent aux entreprises.
Simplement des aides en nature. Ainsi, l’an dernier,
nous avons mené une action avec des enfants en difficulté.
25 entreprises ou organisations y ont participé,
en fournissant qui un bus pour les déplacements,
qui le repas de midi...
Rdf : Pouvez-vous nous donner un exemple concret d'action
menée à terme ?
Il y a quelques années, dans un petit village du
nord de l’oblast, des femmes nous ont
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| contactées
afin de solliciter notre aide. Elles ont créé
avec leurs petits moyens un refuge pour les enfants défavorisés.
Ces derniers, orphelins ou ayant des parents alcooliques,
souvent d’origine évène, peuvent venir
y passer la journée ou même la nuit en cas
de besoin. À côté du jardin d’enfants,
elles ont ouvert deux dortoirs (un pour les filles, un pour
les garçons), une salle de jeux, une autre de sports
et une salle de théâtre. Les enfants ont créé
leur propre théâtre de marionnettes.
Dans ces villages isolés, l’espoir de s’en
sortir est très mince. Les enfants ne connaissent
rien d’autre qu’une vie de misère. Ils
sont parfois maltraités, souvent mal nourris. Leurs
parents, quelle qu’en soit la raison, ne sont pas
en mesure de s’occuper d’eux. Si personne ne
réagit, quel avenir les attend ? Nous avons accueilli
13 enfants pour quatre jours à Magadan. Nous leur
avons montré la ville, les musées, les universités,
la région. Nous avons organisé pour eux une
soirée au théâtre de marionnettes, avec
une visite des coulisses et une rencontre avec les acteurs.
Nous les avons également emmenés au salon
des métiers qui avait lieu au palais des sports.
Puis nous leur avons parlé de toutes les possibilités
d’avenir que leur offre Magadan.
Nous avons conclu leur séjour ainsi : « Vous
savez maintenant que vous avez le choix, que votre situation
n’est pas une fatalité. Si vous voulez venir
étudier à Magadan, dites-le nous et nous vous
aiderons. »
Rdf : Comment les parents et les enfants
ont réagi ?
Déjà, il a fallu choisir parmi tous les enfants
ceux qui pourraient partir. Nous avons annoncé notre
projet un an à l’avance et avons signalé
que seuls les plus sages et les plus studieux seraient récompensés.
Tous étaient motivés et le choix a été
très difficile.
Du côté des parents, dans la mesure où
ça ne leur coûtait rien, ils étaient
d’accord. Les enfants devaient être logés
à l’orphelinat de Ola, une petite ville à
une quarantaine de kilomètres de Magadan. Apprenant
cela, une des mères de famille a cru qu’on
voulait lui retirer la garde de son enfant et a pris peur.
Elle s’est soudain souvenue qu’elle avait de
la famile à Ola et, sans rien dire à personne,
leur a demandé d’aller voir la petite et de
passer un peu de temps avec elle. Lorsque les enfants sont
arrivés à Ola, cette fillette s’est
découvert une famille qu’elle n’aurait
peut-être jamais connue. Ce qui nous a le plus rassurés,
c’est la réaction de la mère. Même
dans les vapeurs de l’alcool, son instinct maternel
s’est réveillé. On peut espérer
que tout n’est peut-être pas perdu pour eux.
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Tatiana Timochena |
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Rdf : Quels sont vos projets en cours ?
Maintenant que nous sommes assez solides, nous voudrions
développer nos activités en favorisant
la création d’associations de femmes
dans les différentes régions de l’oblast.
Dans chaque grand village, de nombreuses femmes
veulent agir et ont de bonnes idées. Mais
elles ne savent pas comment s’organiser.
À Iagodnoïe, par exemple, nous avons
conseillé et aidé Tatiana Timochena,
la directrice du centre social, à créer
son association « Nous sommes des kolymaises
», comme l’avaient fait pour nous les
Américaines il y a dix ans.
Tatiana et d’autres femmes du village organisaient
régulièrement des soirées littérature
ou poésie, des petites conférences,
des rencontres sur l’histoire ou la vie de
tous les jours. |
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Elles
ne manquaient ni d’idées, ni d’énergie.
Et ces femmes, médecins, avocates ou bibliothéquaires,
se sont dit qu’elles pouvaient mettre leurs compétences
au service des autres. Elles font déjà beaucoup
sans argent. Par exemple, elles ont ouvert à tous
leurs rencontres hebomadaires pour faire sortir les gens
de leur solitude et de leur isolement. Pour leur faire oublier,
le temps d’un soir, leurs difficultés et leur
quotidien parfois très lourd.
Grâce à leur nouveau statut d’association,
elles vont pouvoir trouver des sponsors et concrétiser
des projets plus ambitieux.
Nous aimerions que cet exemple fasse des émules,
et pouvoir ainsi créer un réseau d’entraide
qui permettrait de travailler de façon encore plus
efficace.
Rdf : Vous avez créé
une association de femmes. Et les hommes, dans tout ça
?
Ils sont les bienvenus, bien sûr. Ils nous aident
énormément. C’est un homme, Ivan Panikarov,
créateur du musée de la répression
à Iagodnoïe, qui a suggéré à
Tatiana d’élargir ses activités et de
former une association. Cependant, nous avons remarqué
que les femmes s’investissent plus facilement à
long terme. Les hommes ont un peu plus de mal à venir
régulièrement aux réunions, etc. Mais
ils nous aident de façon plus ponctuelle et plus
concrète.
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