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Rencontre
: Galina
Vladimirovna Inokienko, femme de la Kolyma
Les Évènes,
un peuple en voie de disparition
Varia
AMANATOVA
Augustina
FILIPPOVA
Gilles ELKAÏM, sur les traces des peuples du Grand Nord
sibérien |
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Varia
Amanatova, star de la jeune génération iakoute
Ce petit bout de femme de 32 ans, toujours souriante,
un beau regard franc qui vous dévisage, de magnifiques
cheveux longs tressés qui lui donnent un air de jeune
squaw, envoûte depuis cinq ans de sa voix magnifique
la jeune génération iakoute. À deux
pas de la maison de la culture, tranquillement assise sur
un banc du square, la plus célèbre chanteuse
de ce pays accepte de nous parler d’elle.
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Rdf
: Comment avez-vous eu envie de devenir chanteuse
?
Dans ma famille on a toujours beaucoup chanter.
Mon grand-père était un chanteur bien
connu d'olonkho (chants traditionnels iakoutes)
qu'on venait de loin pour écouter. Ma mère
possédait également une voix magnifique.
D’ailleurs, tous ceux qui connaissent nos
deux voix trouvent que je ne chante pas encore aussi
bien qu’elle.
Je suis l’aînée de quatre enfants
et, petits, nous formions un ensemble vocal. Nous
nous produisions dans les concours de la province.
Nous avons même gagné une guitare.
Puis je suis partie étudier à l’institut
d’art d’Oulan-Oude en Bouriatie. Je
voulais alors devenir chef de choeur. J’y
suis restée deux ans. Je chantais comme soliste
au sein du choeur de l’institut. Je pense
que c’est de là que vient mon désir
de devenir chanteuse de scène. Nous avions
une belle réputation et donnions de nombreux
concerts, y compris à l’étranger.
D’ailleurs, la première fois que nous
avons quitté l’URSS, nous sommes allés
en France. C’était en 1990.
Mais j’avais le mal du pays et envie de retourner
auprès de ma famille. Je suis donc rentrée
pour travailler comme soliste dans le philarmonique
de Iakoutsk. Un moment incroyable ! Chaque jour
je côtoyais les artistes avec lesquels j'avais
toujours rêvé de travailler. Ils étaient
comme des dieux pour moi !
Photo H : Varia en famille
Photo B : Première scène à
onze ans |
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Rdf
: Vous êtes aujourd’hui une chanteuse
très connue en Iakoutie, surtout de la jeune
génération. Comment avez-vous percé
?
Il y a cinq ans, j’ai
rencontré Svetlana Loukinia, metteur en scène
de spectacles.
À l’époque, elle préparait
un défilé de mode pour les 50 ans
d’Augustina
Filippova, la styliste iakoute. Elle avait entendu
une de mes chansons et voulait à tout prix
que les mannequins défilent sur cet air.
Le jour du spectacle, je suis arrivée vêtue
d'une petite robe rose. Svetlana a désespérément
cherché une tenue plus habillée et
qui m’aille, car je suis toute petite. Finalement,
elle a fait fabriquer en hâte une estrade,
je suis montée dessus - dans ma petite robe
rose - et j’ai chanté.
Le public a adoré la chanson. Certains pleuraient
d’émotion. Le lendemain elle passait
sur toutes les radios.
J’étais lancée. |
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Première récompense
publique |
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Rdf
: Quelles difficultés rencontre-t-on pour réussir
dans ce métier en Iakoutie ?
Le marché est
étroit car nous ne sommes qu’un million
d’habitants. La concurrence est rude et les
talents nombreux. Et puis nous n’avons pas de
producteurs ou d’agents qui nous aident à
nous vendre ou à nous faire connaître.
On doit se débrouiller seuls. Aujourd’hui,
si je suis connue en Iakoutie et souvent invitée
à l’étranger, je ne le dois qu’aux
contacts que j’ai créés lors des
concours ou des festivals. Je vais souvent en Chine,
en Mongolie, en Italie, en Allemagne. Par contre,
le marché russe demeure très fermé.
Les gens s’intéressent peu aux autres
cultures. On ne peut chanter que dans des endroits
définis où le public reste très
restreint.
Actuellement, je suis en train de créer un
site Internet pour me faire connaître plus largement.
Photo : Premières
unes de magazines |
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Rdf
: Vous portez toujours de magnifiques costumes.
Qui les réalise ?
C’est souvent
Augustina Filippova qui les crée. Si cela
ne tenait qu’à moi, je me produirais
dans des vêtements beaucoup plus simples.
Mais ici le public est très demandeur de
costumes somptueux et ne vient parfois que pour
ça. C’est d’ailleurs un peu vexant…
j’aimerais mieux qu’ils ne viennent
que pour ma voix et mes chansons !
Photo G : En costume de scène
Photo D : Un des costumes de Varia |
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Rdf
: Vous considérez-vous comme une représentante,
un porte-drapeau de votre pays ?
Oui, pour moi c’est
très important. Je me sens une vraie responsabilité
vis-à-vis de mon pays et de l’image que
je peux véhiculer, surtout à l’étranger.
Pendant mes concerts, je présente toujours
les rituels iakoutes. Mes vêtements sont très
étudiés et reprennent les costumes traditionnels.
Je mélange aussi musique moderne et musique
traditionnelle. Je joue du khoumos, l’instrument
de musique de notre pays. Car si je suis plutôt
connue pour mes chansons, je fais également
partie d’un ensemble réputé de
musique traditionnelle. Mais ne croyez pas que ce
besoin de montrer la culture iakoute relève
du simple folklore. Je ne débute jamais un
concert sans m’être adressée aux
esprits du feu et de la Terre pour qu’il m’aident
à chanter.
Je ressens également beaucoup de pression de
la part du public iakoute. Dès que je sors
du pays et où que j’aille, il reste très
attentif aux prix que je remporte lors de concours,
à ce que je dis, à la manière
dont je me comporte et m’habille. Ici aussi
d’ailleurs. Dans la rue les jeunes m’observent,
se comparent. Ils me voient un peu comme un exemple,
ce qui n’est pas toujours facile à vivre.
Photo
: Varia, chanteuse moderne
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Rdf
: À 32 ans, vous n’êtes pas mariée.
Faites-vous figure d’exception en Iakoutie ?
Je n’ai pas envie
de me marier sans amour. C'est vrai qu’ici on
se marie tôt. Du temps de ma grand-mère,
dans les villages, on organisait les mariages dès
l’âge de 16 ans. Aujourd'hui, les gens
se marient toujours très jeunes, vers 20 ou
22 ans. Mais tous rêvent quand même du
grand amour. On s’aperçoit aussi que
les rôles se sont un peu inversés et,
à l’instar de vos sociétés
occidentales, les femmes sont de plus en plus indépendantes.
Elles gèrent tout, gagnent leur vie parfois
mieux que les hommes, et il n’est pas rare de
voir les pères rester à la maison et
garder les enfants. Mais il est vrai que je reste
une exception en Iakoutie. Mes frères et soeurs
sont déjà mariés et ont des enfants.
En fait, je me sens proche de ma mère qui a
divorcé très tôt. En tant qu’aînée,
je l’ai beaucoup aidée à s’occuper
de mes frères et soeurs. Lorsqu’à
13 ans j’ai vécu un grand amour platonique,
qui a duré 5 ans, ma mère m’a
conseillé de ne pas me marier aussi jeune.
N'ayant pu elle-même suivre d'études,
elle voulait que je puisse faire une carrière
professionnelle intéressante.
Photo : Varia
avec sa mère |
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| Rdf
: Combien d’album avez-vous réalisés
et comment choisissez-vous vos chansons ?
J’ai enregistré
trois albums, dont le dernier en Allemagne. J’écris
parfois mes chansons, mais la plupart du temps je
chante des textes écrits pour moi. En ce moment
la mode est plutôt aux mots et aux rythmes simples,
mais ce n'est pas ce dont j’ai envie. Je préfère
parler de ma famille, de ma mère, de la vie.
Donner un sens à mes chansons, qu’elles
aient une âme et touchent les gens. Je ne cherche
pas à être populaire. Depuis ma première
chanson qui a été un tube, je n’ai
plus connu de vrais grands succès. Mais les
radios et les télés m’appellent
toujours, justement parce que mes chansons sont différentes.
J’ai un public qui apprécie cette recherche
et n'aime pas forcément la facilité.
Un jour, une femme est venue me voir après
un concert pour me dire qu’une de mes chansons
lui avait sauvé la vie. Elle était à
l’hôpital, très malade et, en écoutant
un de mes textes, elle a trouvé la force de
se battre contre la maladie. J’étais
très émue. C’est le plus cadeau
que l’on ait pu me faire.
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