Chers amis,
« On nous a volé notre liberté et notre démocratie
», « En quoi sommes-nous plus libres ? », «
J’étais plus libre avant ! ». Nous savions
les Russes nostalgiques de « l’avant » et nous
n’étions pas étonnées d’entendre
chaque phrase commencer par « Avant, c’était
mieux. Il y avait…, on pouvait… ». En revanche,
le sentiment d’emprisonnement très souvent exprimé
avec colère, même de la part de la jeune génération,
née peu avant la perestroïka, nous a quelque peu surprises.
Pour nous, bonnes occidentales, l’URSS tenait plus d’une
prison que d’une terre de liberté et sa chute était
synonyme de délivrance.
Certes, il y a eu délivrance. Les Russes et autres ex-Soviétiques
ont désormais le droit d’aller et venir à
leur guise, de créer des entreprises, de lire n’importe
quel auteur ou journal, de parler de tout et de n’importe
quoi et même d’accueillir chez eux des étrangers.
Sans devoir en rendre compte à ces messieurs du Parti ou
du KGB.
Mais mettons-nous à leur place quelques instants. Imaginez
: vous travaillez dans le Nord, vous touchez un bon salaire et
avez un fort pouvoir d’achat. Votre gouvernement veille
à tout : vos études, votre carrière professionnelle,
l’éducation de vos enfants, vos vacances en famille
et votre retraite paisible dans votre datcha.
Ennuyeux, on vous l’accorde, mais rassurant. Du jour au
lendemain tout s’écroule. La Grande Idée,
la société presque idéale - c’est le
tableau que beaucoup nous ont parfois dressé - que vous
construisez depuis votre enfance n’est plus. Vous plongez
dans un monde de concurrence et d’argent. Adieux les valeurs
humaines. L'État vous abandonne, vous vole parfois. Vous
perdez votre emploi, autrefois prestigieux. Pour survivre, vous
devez cumuler deux ou trois boulots. Les salaires ne sont pas
payés . Vous connaissez la faim et la honte de ne pas pouvoir
nourrir et habiller vos enfants correctement.
Oubliés les convocations au KGB, le contrôle du Parti,
les interdits, la censure… Vive « l’avant »
! Vive la sécurité ! Les années 90 ont été
particulièrement noires pour les Russes. La situation commence
à peine à se stabiliser. Beaucoup galèrent
encore.
Certains nous disent que la liberté d’entreprendre
et de penser vaut tous les sacrifices. Mais le plus grand nombre
souligne, avec humour, qu’avant de penser ils aimeraient
bien pouvoir manger. C’est légitime et la notion
de liberté varie grandement d’une personne à
une autre, d’une situation à une autre.
Il y a cependant un point qui rallie tout le monde : sans la perestroïka,
nous ne serions pas là, au fin fond de la Kolyma à
trinquer avec eux « à notre rencontre », «
à l’amitié entre les peuples », «
aux femmes », « à l’amour », «
à l’ivresse du voyage ».
Bonne lecture et à très bientôt sur la route
de Magadan, la deuxième étape de notre voyage.
Valérie et Géraldine
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