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LA LETTRE - #4 | 2005.10.14
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English | Russian

Chers amis,

« On nous a volé notre liberté et notre démocratie », « En quoi sommes-nous plus libres ? », « J’étais plus libre avant ! ». Nous savions les Russes nostalgiques de « l’avant » et nous n’étions pas étonnées d’entendre chaque phrase commencer par « Avant, c’était mieux. Il y avait…, on pouvait… ». En revanche, le sentiment d’emprisonnement très souvent exprimé avec colère, même de la part de la jeune génération, née peu avant la perestroïka, nous a quelque peu surprises. Pour nous, bonnes occidentales, l’URSS tenait plus d’une prison que d’une terre de liberté et sa chute était synonyme de délivrance.
Certes, il y a eu délivrance. Les Russes et autres ex-Soviétiques ont désormais le droit d’aller et venir à leur guise, de créer des entreprises, de lire n’importe quel auteur ou journal, de parler de tout et de n’importe quoi et même d’accueillir chez eux des étrangers. Sans devoir en rendre compte à ces messieurs du Parti ou du KGB.
Mais mettons-nous à leur place quelques instants. Imaginez : vous travaillez dans le Nord, vous touchez un bon salaire et avez un fort pouvoir d’achat. Votre gouvernement veille à tout : vos études, votre carrière professionnelle, l’éducation de vos enfants, vos vacances en famille et votre retraite paisible dans votre datcha.
Ennuyeux, on vous l’accorde, mais rassurant. Du jour au lendemain tout s’écroule. La Grande Idée, la société presque idéale - c’est le tableau que beaucoup nous ont parfois dressé - que vous construisez depuis votre enfance n’est plus. Vous plongez dans un monde de concurrence et d’argent. Adieux les valeurs humaines. L'État vous abandonne, vous vole parfois. Vous perdez votre emploi, autrefois prestigieux. Pour survivre, vous devez cumuler deux ou trois boulots. Les salaires ne sont pas payés . Vous connaissez la faim et la honte de ne pas pouvoir nourrir et habiller vos enfants correctement.
Oubliés les convocations au KGB, le contrôle du Parti, les interdits, la censure… Vive « l’avant » ! Vive la sécurité ! Les années 90 ont été particulièrement noires pour les Russes. La situation commence à peine à se stabiliser. Beaucoup galèrent encore.
Certains nous disent que la liberté d’entreprendre et de penser vaut tous les sacrifices. Mais le plus grand nombre souligne, avec humour, qu’avant de penser ils aimeraient bien pouvoir manger. C’est légitime et la notion de liberté varie grandement d’une personne à une autre, d’une situation à une autre.
Il y a cependant un point qui rallie tout le monde : sans la perestroïka, nous ne serions pas là, au fin fond de la Kolyma à trinquer avec eux « à notre rencontre », « à l’amitié entre les peuples », « aux femmes », « à l’amour », « à l’ivresse du voyage ».

Bonne lecture et à très bientôt sur la route de Magadan, la deuxième étape de notre voyage.
Valérie et Géraldine

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PS : URGENT ! Avis aux russophiles, écoliers, étudiants et professeurs.

La Faculté des langues étrangères et des aires géo-culturelles de l’Université d’Etat Lomonossov de Moscou organise un festival de langue ouvert aux écoliers et étudiants russes et français, dont vous trouverez tous les détails sur le site [www.festival2005.ru]
Inscrivez vos élèves, vos étudiants et faites circuler l'info aux intéressés.

   
     
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