| Brève
histoire de l’EXTRÊME-ORIENT RUSSE
Depuis le Paléolithique, différentes tribus
habitaient dans le nord-est de la Russie. Aléoutes,
Evènes, Evenks, Dolganes, Koriaks, Selpoukes, Toungouses,
Sakhas ou Iakoutes (descendants des Kouriakans chassés
de la région du Baïkal par les Mongols au XIVe
siècle), Tchouktches … Chasseurs sédentaires,
semi-nomades ou nomades, les tribus se nourrissaient de
viande de rennes ou de mammifères marins. Les archéologues
retrouvent encore tout le long du littoral des traces de
vie remontant à 2500 ans.
La russification
Les Cosaques arrivent dans le nord-est au début du
XVIIème siècle par l’océan Arctique
et remontent les fleuves à la recherche de nouveaux
trésors (fourrures essentiellement) ou en quête
de nouveaux territoires. En 1932, Pietr Beketov, chef d’escadron
cosaque remonte la Léna et fonde un avant poste militaire
sur les bords du fleuve : la future Iakoutsk. Cet ostrog
devient le centre des expéditions. En 1939, un escadron
atteint les rives de la mer d’Okhotsk. En 1643, Mikhail
Stadoukhine et des explorateurs arrivent à l’embouchure
de la Kolyma. Dans la première moitié du XVIIIe
Vitus Béring montre que les continents asiatique
et américain sont séparés par un détroit
(bien que ce détroit ait été déjà
emprunté, sans que les navigateurs le sachent : le
Cosaque Semen Dejnev pénêtre en 1648 dans le
delta de l’Anadyr, après avoir contourné
la presqu’île de la Tchoukotka)
Ces régions deviennent peu à peu des unités
administratives de la Russie. Des impôts sont prélevés
sous forme de fourrures (hermine, renard bleu, zibeline…).
Les avant-postes militaires deviennent ensuite des comptoirs
commerciaux. Les Yakoutes y échangent de la fourrure
contre du sel, de l’alcool, de la poudre à
fusil. Déjà en processus de sédentarisation,
ils se mettent à l’agriculture et adoptent
très vite un nouveau mode de vie.
De religion chamaniste, les peuples du nord Sibérien
croient en l’existence des esprits et divinisent les
éléments. La christianisation se fait petit
à petit mais ils restent toujours attachés
à certaines croyances et traditions.
Au XIXème siècle, le nord-est devient un lieu
de déportation et la véritable colonisation
commence. La Iakoutie et la Kolyma deviennent une «
prison sans barreau » pour les prisonniers politiques
ou de droit commun. L’administration russe s’intéresse
peu aux peuples et les laisse garder leur mode de vie (chasse
et pêche) du moment qu’ils payent leurs impôts.
Elle ne leur reconnaît toutefois aucun droit. Elle
se contente de puiser dans les richesses inimaginables que
recèlent les sols du nord-est sibérien (or,
fourrures, pêche...).
La soviétisation
C’est la révolution de 17 et la soviétisation
qui vont changer de façon irrémédiable
la vie de cette région. Le pouvoir soviétique
donne un alphabet aux langues jusque-là de tradition
orale, lutte contre l’analphabétisation, ouvre
des écoles, des universités, envoie les enfants
à Saint-Péterbourg. Ces enfants seront la
future élite de l’Extrême-Orient. Les
différentes ethnies sont sédentarisées
et contraintes de parler russe, malgré l’existence
de manuels scolaires et livres dans leur langue natale.
Ils abandonnent leur mode de vie séculaire pour travailler
dans les villes et les nouveaux kombinats.
En parallèle, l’administration soviétique
déporte des milliers de gens de différentes
nationalités vers la Kolyma et industrialise à
tout va en utilisant les déportés comme main
d’oeuvre. L’or et l’industrie sont alors
la priorité. Vers la fin des années 20, quelques
baraques d’orpailleurs situées sur l’embouchure
du fleuve Magadan deviennent une ville, centre de l’exploitation
aurifère : Magadan. Un comité, le Soyouz Zoloto,
est chargé de l’extraction de l’or. Il
tolère quelques temps l’extraction privée
dans la mesure où l’or est revendu au jeune
État soviétique au prix que ce dernier fixe.
Les orpailleurs privés continuent néanmoins
de vendre l’or à l’étranger. Le
Soyouz Zoloto est vite fermé et devient la Dalstroï
qui interdit toute extraction privée. La Dalstroï
devient une véritable industrie concentrationnaire.
Peu importent les conditions de travail ou de vie, seuls
les résultats et le « plan » comptent.
La Kolyma « dorée » connaît sa
page la plus noire des années 30 aux années
50. Des millions de prisonniers politiques ou criminels
de droits communs travaillent dans des conditions inhumaines,
que révèlera Khrouchtchev au XXe congrès
du parti.
La Iakoutie devient la République autonome de Iakoutie
en 1922. L’oblast de Magadan est crée en 1953
et comprend alors la presqu’île Tchouktche.
Il faut noter que les peuples de Tchoukotka marquent la
plus grande résistance à la soviétisation,
tout comme leurs aieuls avaient résisté aux
Cosaques. Ils ne seront vraiment soviétisés
que dans le courant des années 30.
A partir des années 60, outre la main d’œuvre
des camps, les volontaires se voient payer une prime du
froid et un très bon salaire pour aller travailler
« là-bas, en Sibérie ». Iakoutsk,
Magadan deviennent des grands centres universitaires, économiques
et industriels.
L’ère post-soviétique
En 1992, la Tchoukotka devient indépendante et ne
dépend plus de l’oblast de Magadan. La Iakoutie
garde son statut de république autonome. Les usines
ferment car non rentables. Les salaires et autres primes
du froid ne sont plus payés. Il y a un véritable
exode vers la Russie occidentale et l’étranger.
L’équilibre qui existait entre l’homme
et la nature a été détruit par l’industrialisation
de l’élevage et l’exploitation des sols
à outrance. Le déplacement des populations,
la séparation parents/enfants (envoyés en
pension) provoque la perte (pas totale, heureusement) des
langues , des traditions, du nomadisme et du chamanisme.
La Sibérie et le nord-est en particulier recèle
encore des richesses innombrables en or, diamant, pétrole,
mineraies, etc. Se posent les éternelles questions
du coût d’exploitation et de l’environnement.
Les méthodes archaïques, le gaspillage, l’abandon
des usines laissent cette zone dans un état de délabrement
complet. Beaucoup d’ethnies se tournent à nouveau
vers le mode de vie de leurs ancêtres, essaient de
retrouver leurs langues, leurs cultures, parfois leurs terres.
C’est leur seule possibilité de survie pour
bon nombre d’entre eux.
Les différentes administrations travaillent à
la remise en marche de ces régions qui ne se laisseront
jamais mourir et que Moscou n’abandonnera jamais :
elles ont encore à dire et à donner.
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