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Reportage : Magadan,
visite guidée
Yssyakh,
l’âme de la Iakoutie
Le cirque de Iakoutie
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Reportage
publié le 24 06 05
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Mesdames et Messieurs, bienvenue dans le cirque le plus
septentrional du monde !
À quelque 6 000 km de la capitale russe, un cirque
se bat depuis 10 ans pour se faire une place au soleil et
acquérir une renommée internationale : le
cirque national de la République de Iakoutie. Visite
chez les clowns et les acrobates du nord-est de la Sibérie.
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Iakoutsk
Capitale de la République de Iakoutie, est plus connue
pour ses diamants que pour son cirque. Pourtant, à
deux pas du centre-ville se dresse un immense bâtiment
ultramoderne que l’on prendrait plus volontiers par
sa forme (un diamant) pour le siège d’une grosse
entreprise minière que pour un cirque.
D’un petit immeuble vétuste où ils avaient
improvisé un amphithéâtre d’à
peine 100 places, les artistes et l’administration
(200 personnes) ont déménagé il y a
moins d’un an pour s’installer dans ce diamant
bleu, confortable et spacieux. La troupe se produit désormais
sous le magnifique chapiteau qui, à la plus grande
joie des petits et des grands, peut accueillir 1000 personnes
chaque soir. |
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Les artisans du succès
Sergueï Rastorgouïev, ancien jongleur au talent
inégalé, et sa femme Marfa Kolesova, chanteuse
phare des années soixante-dix et quatre-vingts, sont
à l’origine de ce succès. Ils dirigent
le cirque de main de maître depuis 10 ans. Très
vite, Sergueï Rastorgouïev décide d’envoyer
sa jeune troupe suivre l’excellente formation prodiguée
par l’École du cirque de Pékin. Les
artistes, à peine sortis de l’École,
font la renommée du cirque de Iakoutie en rapportant
des médailles des concours internationaux les plus
réputés. L’année dernière,
des professeurs de Pékin sont venus sélectionner
une nouvelle équipe. Il a fallu trois mois et demi
d’un casting impitoyable pour trouver, parmi le millier
de participants venus de toute la République, les
10 garcons et 10 filles qui partiront à leur tour
se former en Chine.
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Outre la formation des artistes,
Sergueï et Marfa organisent des tournées en
Russie et à l’étranger, et gèrent
la participation de leur troupe à des festivals et
rencontres dans le monde entier. Ils accueillent également
des événements sportifs en Iakoutie.
En 1999, ils créent à Iakoutsk le festival
"les petits mamouths", ouvert aux 200 enfants
des 15 ateliers de cirque de la République. En 2004,
ils mettent sur pied les "jeux internationaux des enfants
de l’Asie". Le succès ne leur monte pas
à la tête pour autant. Ils restent humbles
et offrent régulièrement des spectacles gratuits
pour les retraités, les invalides ou encore les familles
défavorisées. |
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Les filles, championnes à Monte-Carlo
1er juin 2005, jour de la fête des Enfants en Iakoutie.
Le cirque est en pleine ébullition. Sergueï
Vorontsov, le présentateur du spectacle, dirige la
dernière répétition.
Les garcons de l’équipe des jeunes acrobates,
formés à l’École de Pékin,
sont en tournée en Norvège jusqu’au
mois d’octobre. Mais les filles sont là : Aïna,
Lida, Kiouniaï, Aïta, Tania et Nastia. Comme les
garcons, elles ont gagné de nombreux prix. En particulier
la médaille d’argent du prestigieux festival
international du cirque de Monte-Carlo, en 2003, pour le
numéro de diabolo qu’elles vont présenter
ce soir.
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Derrière le rideau,
un petit bout de femme d’à peine un mètre
de haut s’apprête à entrer en scène.
Liudmila fait sauter des caniches invisibles et revoit en
détail les gestes à accomplir pendant la représentation.
Clowns, danseurs, acrobates et contorsionnistes passent
les uns derrière les autres. Ils miment une dernière
fois leur rôle pendant que Sergueï Voronsov vérifie,
avec l’orchestre et les techniciens, la bonne coordination
de l’éclairage et du son. Pas de stress apparent.
Tout se fait dans le calme et la bonne humeur. |
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“C’est incroyable d’avoir
pu créer un tel cirque loin de la capitale !”
Sergueï Vorontsov connaît bien le monde du cirque,
dans lequel il évolue depuis 32 ans. Enfant, il se
glissait sous les tentes des chapiteaux pour voir répéter
les artistes. Cette passion ne l’a jamais quitté.
Il nous explique combien le métier a souffert pendant
la perestroïka.
“Du temps de l’URSS, la formation des artistes
était centralisée à Moscou. Les futurs
grands noms de la piste venaient de toute la Russie, mais
aussi des autres républiques fédérées.
Le cirque de Moscou était alors le meilleur du monde”.
La perestroïka - qui a conduit à l’éclatement
de l’ancien empire soviétique - puis la chute
du Mur de Berlin, ont poussé les plus grands artistes
à partir sous les feux de la rampe… de l’Occident.
D’autres, issus de républiques désormais
indépendantes, se sont installés dans leur
nouvelle patrie. La Russie a ainsi perdu beaucoup de talents
et de maîtres. Le métier s’en est ressenti.
Dans ce contexte, créer un cirque en Sibérie
relevait de la gageure.
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Mais Sergueï Rastorgouïev
et Marfa Kolesova ont su relever le défi en
constituant une équipe d’artistes talentueux.
Aujourd’hui, le niveau et le succès du cirque
national de la République de Iakoutie témoignent
de leur réussite.
Sergueï Vorontsov s’en réjouit : " Le
cirque et l’école de cirque de Iakoutsk sont
excellents et c’est un réel plaisir de travailler
avec des professionnels toujours en quête de nouveauté
et de perfectionnement. C’est incroyable d’avoir
pu créer cela si loin de la capitale!" |
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Sept ans à Pékin pour
être les meilleurs
Il est 15 h 00. Dans leur loge les filles se préparent.
Elles n’ont pas 16 ans et déjà les gestes
sûrs des professionnels. Sur leur table s’étalent
fards à paupières, rouges à lèvres,
paillettes, strass et autres accessoires. Chacune, devant
son miroir, a décoré son petit univers de
photos de famille ou de mode, de lettres de félicitations
et d’encouragements. De peluches aussi, parfois…
Elles sont revenues de Pékin il y a tout juste un
an, après sept années passées loin
des leurs. Elles avaient sept ou huit ans lorsqu’elles
ont été sélectionnées pour cette
aventure. L’ont-elles vraiment souhaité ? Réalisaient-elles
ce qui les attendait : une culture à découvrir,
une langue et un métier à apprendre. Peut-être
par fierté, elles haussent légèrement
les épaules, déclarant d’un air blasé
ne plus avoir le trac. Elles savent que 10 à 15 ans
de carrière les attendent. Après, peut-être
se marieront-elles. Deviendront-elles professeurs ou se
recycleront-elles dans un des nombreux métiers du
cirque ? Cela ne fait pas encore partie de leurs préoccupations.
Malgré une enfance de travail, de rigueur et d’enchaînement
de compétitions, elles n’en restent pas moins
de jeunes adolescentes. |
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La séance de maquillage se termine.
Certaines sortent prendre l’air, d’autres lisent
tranquillement. Mais cette indifférence semble bien
feinte. L’heure d’entrer en scène approche.
Une certaine excitation gagne les jeunes filles. Il faut préparer
les costumes, dont elles changeront trois fois pendant le
spectacle. |
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Le cirque se remplit du joyeux
bourdonnement des jeunes spectateurs. Une sonnerie retentit,
des applaudissements éclatent. L’orchestre
entonne un morceau, les lumières s’éteignent,
le rideau s’ouvre.
Mesdames et Messieurs, le spectacle
va commencer! |
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