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Rencontre : Galina Vladimirovna Inokienko, femme de la Kolyma Les Évènes, un peuple en voie de disparition Varia AMANATOVA Augustina FILIPPOVA Gilles ELKAÏM, sur les traces des peuples du Grand Nord sibérien

Gilles ELKAÏM est un personnage étonnant. Cet amoureux de la nature et de l’extrême arpente en solitaire depuis des années les routes les plus reculées du monde. En 2000, il décide de retracer les voies de migration des peuples du Grand Nord sibérien. Il se donne quatre ans pour joindre le cap Nord au détroit de Béring, en kayak et en attelage de chiens de traîneau.
Il était à Paris à l’occasion des Nuits polaires. Nous avons eu la chance de passer une soirée avec lui. Rencontre avec un aventurier.


En juin dernier, vous êtes rentré d’une expédition en solitaire sur les voies de migration des peuples sibériens. Qu’est-ce qui a déclenché en vous le désir de vivre cette expérience ?
C’est peut-être une suite logique à tous mes voyages passés. J’ai commencé en 1984 à m’intéresser aux peuples du Nord en vivant un an avec les Inuits du Groenland. Pendant une bonne quinzaine d’années, j’ai continué à voyager dans les déserts chauds ou froids de tous les continents, toujours fasciné par ces peuples et leur capacité à s’adapter à leur environnement.
Après toutes ces expériences, j’ai eu envie d’aller plus loin et de prendre complètement mon existence en main, d’être face à moi-même, sans me laisser guider ou dépasser par les éléments. Ce qui arrive souvent lorsque l’on affronte la nature à 100%.


Quatre années de solitude avec une seule idée : atteindre Ouelen coûte que coûte. Qu’est-ce qui a été le plus dur?
Bien évidemment, il y a eu beaucoup de moments difficiles tant physiquement que moralement. La mort d’un de mes chiens reste un souvenir très douloureux.
On me demande souvent si le contact humain ne m’a pas manqué, mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, pas du tout. D’une part, j’ai rencontré des peuples merveilleux qui m’ont accueilli et beaucoup aidé. Pour la logistique, notamment. D’autre part, mes chiens ont été des compagnons exceptionnels. J’ai passé des moments uniques, parfois même très drôles avec eux.
Le plus dur est certainement de revenir.


Quel a été le moment le plus fort de votre expédition ?
L’idée d’abandonner ne m’a jamais traversé l’esprit, car la seule façon d’y parvenir aurait été d’y laisser ma vie. Bien que l’on garde toujours en tête d’atteindre le but, on y croit sans vraiment y croire, au bout de trois années d’errance et 9 000 km de randonnée. Alors, quelle émotion de voir apparaître la Tchoukotka comme un mirage après tous ces efforts ! C’est un moment inoubliable et indescriptible.

Vous avez rencontré beaucoup de peuples du Nord. Vous avez vécu comme eux et parfois avec eux . Que vont ont-ils appris ? S’il y avait une leçon, une valeur, une éthique à faire ressortir de votre vie à leur contact, quelle serait-elle ?
Le professionnalisme et l’humilité. Dans un environnement intransigeant comme le Grand Nord sibérien, la moindre erreur peut être fatale. On ne peut pas improviser. Chaque geste, chaque réflexe de ma part ou de celle des chiens a son importance.
La réussite d’une telle expédition pourrait donner un sentiment de supériorité sur la nature pour avoir su la maîtriser. Ce serait faux et illusoire. Écouter la nature, la respecter et faire corps avec elle sont les seules chances de survie. On ne peut que s’incliner devant sa force, sa violence, mais aussi sa beauté.
Les peuples du Nord l’ont très bien compris et ont su m’initier. De plus, j’avais peu d’expérience dans le domaine des chiens de traîneau. Grâce à eux, mon attelage s’est construit au fil du voyage. J’étais parti seul. Je suis revenu avec 13 chiens !


On dit souvent que ce sont les femmes qui portent la Russie sur leurs épaules grâce à leur courage et leur travail. Est-ce le cas des peuples de Sibérie ?
J’aurais envie de dire oui, car c’est effectivement une réalité. Cependant, je pense qu’il faut faire une grande différence entre ce que j’appellerais la Russie du sud et la Russie du nord. Les conditions de vie dans le nord de la Sibérie sont extrêmes, et l’homme reste le pilier et le garant de la vie du village. Chasseur, pêcheur, trappeur, il est aussi apte à toutes les tâches dites féminines. Il faut qu’il sache tout faire.
Le Sibérien peut facilement se passer de femmes. Pas de vodka !


Pensez-vous que l’amour soit pour eux un élément important ou une préoccupation « romantique » de conte de fées ? En un mot, sont-ils plutôt mariage d’amour ou mariage de raison ?
Si on parle des Russes, le cœur est très important. Ils sont très romantiques et très sentimentaux, bien qu’ un peu rustauds et souvent balourds.
Pour ce qui est des nomades, le cœur a peut-être son importance, mais les conditions de vie sont si dures qu’elles les ramènent toujours à la nécessité immédiate. La raison prend alors le dessus.


Avez-vous une anecdote sur les rapports entre les hommes et les femmes, ou une histoire d’amour à nous raconter ?
Une histoire d’amour, oui. Celle d’un homme solitaire avec ses chiens.
En partant, je ne pensais pas que je formerais une meute tout au long du trajet. Une meute ne se forme pas au hasard. Chaque chien a sa place en fonction des atouts de sa race, de sa force, de sa personnalité et de son intelligence. Par exemple, le choix du chien de tête est capital. C’est un poste à hautes responsabilités. Ce n’est pas tant sa force physique que son intelligence, sa capacité à pressentir le danger ou les difficultés qui font de lui un bon chien de tête.
Ma meute, qui a tiré un traîneau de 400 kg sur des millers de kilomètres, s’est agrandie au fur et à mesure du voyage. Avec des chiens, certes habitués au climat nordique, mais pas forcément destinés à ce type d’expédition. Nous avons appris et grandi ensemble. Nous sommes devenus une vraie famille. Nous en avons bavé, mais nous avons aussi échangé et ri ensemble. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point ces chiens peuvent avoir de l’humour et être facétieux. Je les ai nourris, allant parfois jusqu’à me priver. Je les ai soignés. Et ils m’ont rendu au centuple tout l’amour que je leur ai donné. Dieu sait combien ils ont été d’un soutien constant. Et que Pushok, mon chien de tête, nous a sortis de situations périlleuses. Ca n’a pas toujours été facile pour lui et il en avait parfois un peu marre de tenir le premier rôle.
Aujourd’hui, ils font tous partie intégrante de ma vie. Ils se reposent dans les environs de Moscou. Je leur ai trouvé des compagnes et la famille s’agrandit. Je rentre aussi souvent que possible car je ne peux pas imaginer vivre longtemps loin d’eux.


Allez-vous écrire un livre ou réaliser un film sur cette expédition ? Quels sont aujourd’hui vos projets ? Un nouveau départ ?
Je suis en train d’écrire le livre de cette aventure. Il sortira en octobre aux Éditions Laffont. J’ai aussi des projets d’album photos et un film en préparation. Et puis, il y a mes chiens, bien sûr.
J’espère pouvoir bientôt repartir avec eux dans le Nord!

Vous voulez en savoir plus sur son expédition, connaître son actualité ? Connectez-vous sur le site de Gilles : www.arktika.org